Le fusil de Jean Chastel

Initialement "à silex", ce fusil a été transformé en fusil "à piston" (cf.Pourcher)
Longeur totale : 132 cm
Longueur des deux canons : 93 cm
Diamètre intérieur de leur extrémité : 1,6 cm
Poids de l'arme : 2,950 kg

"canons en trois pièces d'inégale longueur" : Les deux canons juxtaposés, sont d'égale longueur. L'inégalité dont parle l'abbé Pourcher concerne la baguette servant au chargement de l'arme et son logement, placés au-dessous d'eux et un peu plus courts.
Emplacement du point de mire à 7 cm du bout.

Dimensions de la plaque (légèrement ovale) au nom de JEAN CHASTEL, 3,5 cm sur 3 cm (elle se lit depuis l'avant du fusil et se trouve derrière les anneaux signalés ci-dessous.) Deux anneaux de cuivre ceinturent la poignée de la crosse, victime d'une fracture : le plus proche de la platine a 1 cm de large, l'autre 2 cm (ils sont fixés par de petits clous, dessus et dessous).

Inscriptions gravées sur les platines : à gauche, bien lisible, "à Saugues"; à droite et très difficile à déchiffrer : "...ouest L." Il faut beaucoup d'imagination pour lire "Bymanet Louis" comme indiqué par Pourcher en page 1027 de son ouvrage sur la Bête ! Le "L" majuscule peut de son côté signifier : Louis, certes, mais aussi Lucien, Léon, Laurent... "Roses avec feuilles sur le pontet, et les platines" : oui ! Très belles ! Plaques métallique de talon de crosse : 10 cm de long sur le dessus et 11 cm en vertivale. La crosse est "marquetée à la mode des sabots du pays", selon l'expression de l'abbé.

Observations :

1 - Le dispositif de fixation du pontet à l'arme est très beau, un peu plus long, c'est normal côté crosse que côté canon.
2 - Ce fusil, à l'évidence, a subi un accident de parcours (sans doute à l'occasion d'une action de chasse). La crosse a été brisée, nous l'avons dit, au niveau de la poignée, dans le sens longitudinal (d'où la présence des deux anneaux de renforcement)
3 - Les canons ont eux aussi fait l'objet d'une intervention, comme en témoigne une soudure (signalée par l'abbé Pourcher) à 37 cm du haut du bout actuel : ils ont été rallongés. Cela a pu être fait lors de la transformation du fusil (primitivement "à silex") en fusil "à piston" pour accroître la portée (transformation réalisée par le nommé Miramond, de Langeac (Haute-Loire), à la demande, vraisemblablement, du grand-père Duffaud, Pierre.

Propriétaires successifs du célèbre fusil :

Jean Chastel (1708 - 1789) C'est avec cette arme qu'il tua la Bête du Gévaudan, le 19 juin 1767 à la Sogne d'Auvers, en forêt de la Tenezeyre, près du Mont Mouchet.

Le Marquis d'Apcher (1748 - 1789) Il achète le fusil de Chastel peu après (cf. le certificat établi par Joseph Plantin, maire de Saint Julien des Chazes, pour l'abbé Pourcher le 4 décembre 1888) : ... C'est le fusil qui tua la Bête du Gévaudan ... Lorsque le seigneur d'Apcher... apprit que l'artisan Jean Chastel avait tué la Bête (il) le fit appeler et lui glissa la pièce afin qu'il le laissa glorifier de l'honneur de lui l'avoir tuée. L'affaire n'a pu se passer en secret, se dévoila, et échoua... C'est alors que le seigneur lui acheta son fusil...

Pierre Duffau, de Vereugues, commune de saint Julien des Chazes (Hautes-Loire) (cf. même document que ci-dessus) : "... le défunt père Duffaud l'acquit directement à la déchéance de ce seigneur..". Certainement fin 1791, ou courant 1792.

François Duffaud, petit-fils du précédent, a hérité du fusil. "... Mon grand-père qui était Pierre Duffaud avait acheté le fusil qui vous a été envoyé au seigneur d'Apcher ..." (Lettre à l'abbé Pourcher du 17 décembre 1888).

Un poseur de voies au P.L.M. Mouton de Saint Julien des Chazes, achète l'arme pour le compte de l'abbé Pourcher début décembre 1888. (cf. lettre de mouton à Pourcher du 5 décembre 1888) : "... je viens de terminer la commission et traiter d'après les ordres que vous m'avez donné d'acheter le fusil qui avait tué la Bête du Gévaudan ...".
Le prix payé fut de 22,50 francs. L'abbé Pourcher est avisé de l'arrivée du fusil en gare de la Levade (Ardèche) le 7 décembre 1888, il en prend possession dès le lendemain. On pourra se reporter utilement à la lettre de Pourcher au préfet de la Lozère, datée du 9 décembre 1888 et publiée dans la brochure de Monsieur Crouzet, "l'Abbé Pierre Pourcher historien et curé-imprimeur à Saint-Martin de Boubaux", à la page 13.
L'abbé, puis sa nièce, seront donc restés propriétaires de l'arme durant une quarantaine d'années.

A la mort de l'abbé, le 3 mars 1915, sa nièce, Maria, hérite notamment du fusil et le conserve jusqu'en février 1929, date à laquelle elle le vend à un descandant de François Antoine (le porte-arquebusier de Louix XV) pour la somme de 1200 francs.

L'arme est depuis conservée dans sa famille.

Quelques photos personnelles du fusil

 

 

aviateur

 

 

 

 

 

plaquette fusil
plaquette fusil
La plaquette (format .pdf) éditée lors de l'exposition du fusil au malzieu, le 4 août 2011 - (Cliquez sur l'image)

La plaquette "Autopsie d'une arme légendaire" par Alain Parbeau
(Cliquez sur l'image)

 

 

   

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